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08 mar 2018

Commentaires

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Hervée

Moui, alors d'habitude j'apprécie fortement vos billets, mais je dois avouer que je trouve que celui-ci pêche un peu (il a des qualités, je le reconnais, mais je vais me pencher plus sur les quelques défauts qui me font tiquer).

D'abord l'extrait que vous citez comme étant le plus commenté, n'est pas celui que j'ai vu le plus, ni celui que j'ai vu le plus critiqué (mais peut-être avez-vous des statistiques qui contredisent mon expérience, il est évident qu'un point d'observation unique comporte des zones aveugles).
Les personnes que j'ai vu critiquer cette partie (en gros : les seins c'est super pour attirer les garçons) réagissaient à peu près toutes en le liant avec la page sur les tétons d'une part et d'autre part le conseil de se tenir droite pour donner l'impression d'une poitrine plus généreuse pour pointer un double discours (qui finit par tirer vers une double contrainte pour les femmes) : à la fois il faut cacher ses tétons ET montrer ses seins pour plaire aux gars.

J'ai vu plus de réactions sur le thème des tétons et des douleurs liées aux règles, en rappelant le danger de ces discours :
- un garçon te fait une remarque déplacée ? Et bien applique le "conseil" qu'il te donne (Cache tes tétons !) ... Beaucoup ont fait le lien avec le harcèlement de rue : le corps des femmes est la cible de remarques désobligeantes, c'est à considérer comme normal et c'est de leur faute et pas de celles des hommes. Ce n'est pas ce que j'ai envie de transmettre à des préados.

- tu as mal pendant tes règles ? Bouge et met une bouillotte. Les douleurs chroniques peuvent être le signe d'une endométriose tout de même (dans le dernier article que j'avais vu passer sur le sujet 40% des douleurs chroniques au niveau de la zone pelvienne était en fait cette maladie, malheureusement je n'ai plus le lien sous la main). N'attendons pas que ces filles veuillent faire des enfants pour qu'elles consultent. (Avec les risques, au passage, d'être infertiles, de perdre un rein, de perdre une partie du côlon ... )


Ensuite quand vous abordez le manuel scolaire, vous tenez un discours beaucoup plus bienveillant face à cette indignation en lui concédant de "bonnes raisons" ce qui pourrait laisser penser que lutter contre le racisme c'est avoir de bonnes raisons alors que lutter contre le sexisme non ... J'espère que ce n'est pas votre propos et qu'il s'agit de la forme de l'indignation qui vous convenait mieux, mais j'ai beau relire le passage, l'interprétation qu'il faut en avoir ne saute pas aux yeux.
(C'est d'ailleurs amusant, le premier message que j'ai vu sur On a chopé la puberté faisait justement état de ce précédent, sur le mode de l'équivalence/la similarité entre les deux discours).

Personnellement, je n'ai pas signé la pétition, je ne suis effectivement pas très à l'aise avec cette demande, j'aurais probablement préféré que l'éditeur et les auteurs reprennent ce livre pour amender/nuancer les parties problématiques. Après tout, nous baignons dans une société toujours (au moins un peu) sexiste, il est humain de ne pas voir tout ce qui peut poser problème. (Et, d'après l'article de 20 minutes que vous citez, c'est justement ce qu'avait fait Nathan pour le manuel avec l'exercice des migrants).
Mais à choisir entre "le livre dans l'état dans lequel il est" et "pas ce livre dans les mains de filles de 9 ans", je dois avouer que je préfère malgré tout la deuxième solution.

Et le fait que justement des professionnels des livres (principalement bibliothécaires et professeurs documentalistes dans mes bulles) relaient l'information me parait au contraire très sain ! Nous ne pouvons pas toujours lire de fond en comble tout ce que nous achetons ou envisageons d'acheter et quand l'un de nous tombe sur un ouvrage douteux/qui mérite au minimum un accompagnement, il me parait important qu'il ne reste pas tout seul avec cette information. Étant en lycée, je ne suis pas concernée directement par cet ouvrage donc je n'ai pas eu à me poser un cas de conscience.

Alors, oui, je suis d'accord, la censure des livres c'est dangereux, mais banaliser/normaliser le sexisme auprès de préados ça l'est aussi.

Hervée

Oups, la dernière partie de mon commentaire (sur les professionnels du livres) n'a pas sa place ici, c'était le brouillon d'un tweet (beaucoup trop long, donc non posté), à destination d'un commentateur de votre propre tweet. Du coup ça ne concerne pas vos propos, mais ceux d'un tiers.
Désolée pour la bourde.

chiffon

Un peu comme Hervée, je suis assez tiède sur ce billet. Oui la réaction des internet est fulgurante et virulente, mais si on colle bout à bout tous les passages gênants, il est indubitable que ce livre relaie en partie des clichés très sexistes. Quand c'est destiné à une population qui est en pleine construction de sa (non-)fémininité et de son soi social, le message peut être très dangereux.

Maintenant, je crois qu'il n'a jamais été question d'exiger le retrait total du livre, mais plus d'amender les passages gênants. Je regrette que la voie du retrait ait été choisie, alors qu'il existait des entre-deux entre ça et "ne rien faire".

Et que je sache faute avouée et corrigée n'a jamais été un boulet pour un livre, bien au contraire. Montrer en tant qu'auteur/éditeur on écoute son public et on évolue en positif a toujours été un puissant moteur pour vendre et diffuser ses propos. Il serait temps que chacun le comprenne.

Perso je n'ai pas signé non plus, je ne suis pas particulièrement amateur du retrait de livres qui sont pour l'essentiel corrects. Par contre, clairement les modifications n'étaient pas de trop ici.

Moi qui aime bien vos billets, je trouve dommage que vous analysiez le phénomène social qu'est l'indignation numérique mais sans tenir compte des faits sociaux sous-jacents (en l'occurrence la lutte contre le sexisme du quotidien, bien plus insidieux et subtil qu'il n'y paraît).

Wizhou

À votre lecture et à celle des commentaires, je soulève plusieurs points qui m'interrogent. Surtout, c'est l'aspect "disproportionné" que peuvent prendre ces formes de critiques. Aux vues de nos pratiques de partage qui usent des mêmes systèmes d'appel à la réaction, peu importe le sujet. En me mettant à la place de l'éditeur, et encore plus de l'illustratrice, je ne peux que m'en sentir touché.

Et ce, malgré que je pense sain d'avoir une lecture et un partage sur ces sujets ; autant que l'existence "d'observatoires" multiples qui permettent de porter en des débats nécessaires ces questions souvent complexes. Peu importe le sujet. Cependant, subir un bad buzz pareil dans ces cas là, ce n'est pas sain. Ça ferme forcément le discours quand on est seul ou peu face à la vague. Encore Nathan ou Milan peuvent gérer ces situations en personnes morales. Mais pour un.e auteur.ice ou une illustratrice (comme dans ce cas présent), qui sont souvent indépendant.e, et peu à porter leurs projets, ça doit être d'une violence inouïe. Voir, tout d'un coup, un travail se faire "détruire" (en tout cas en sentiment), c'est violent. Et je pense surtout parce qu'il n'y a pas, dans ces cas, que les critiques construites qui parviennent à remonter. C'est surtout le bruit de fond des attaques en vague qui doit même les masquer, à force. Émotionnellement, ça doit être difficile au point de vouloir tout arrêter, de ne plus voir "pourquoi" ces reproches arrivent, ou même se fermer totalement à la critique. Et je ne suis pas sûr que d'un point de vue humain ou social, ça fasse réellement avancer les questions soulevées.

Toute cette indignation partagée en bruteforce, c'est bien pour attaquer des goliaths qui restent sourd autrement, néanmoins, peut être que d'autres moyens pourraient être trouvés pour traiter des situations où c'est plutôt des davids qui se prennent des coups de massues titanesques. Et là, on pourrait avoir des solutions au problèmes soulevés qui ne soient pas aussi fatales, comme le propose @chiffon, en corrigeant des passages, en expliquant le pourquoi de ces changements, et ainsi de suite. Ce qui permettrai également de garder en savoir collectif les résultats des débats et des critiques. Et pourtant je doute que des applications telles que celle-ci soient possibles quand on se prend toute cette pression médiatique et que le mea-culpa à plus à voir avec le fait qu'elle s'arrête au plus vite plutôt qu'une conséquence de son argumentaire.

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Ertzscheid Olivier, « Titre du billet », Affordance.info, ISSN 2260-1856. Date de publication. [En ligne] //affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

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Ertzscheid, Olivier (date de publication du billet). “Titre du billet”. Affordance.info [carnet de recherche]. ISSN 2260-1856. Date de consultation. //affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

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Ertzscheid, Olivier “Titre du billet”. Affordance.info (souligné) ISSN 2260-1856. Date de publication. [carnet de recherche]. Date de consultation. //affordance.typepad.com/adresse-du-billet.html

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