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13 déc 2009

Commentaires

Hubert Guillaud

Entièrement d'accord sur le fond de l'analyse Hervé, sur le nécessaire rapport entre l'histoire et la science et surtout, sur son impérieux besoin.

Il me semble néanmoins que la réforme proposée (une réforme de confort pour les étudiants, a-t-on déjà vu cela ?), vise surtout à renforcer l'élitisation de la filière scientifique. En leur proposant un superbac de lettre en première puis un bac de science en terminale. Cette réforme qui ne s'intéresse qu'à la TS est assez emblématique de la manière dont on porte un oeil sur l'éducation : en ne se concentrant que sur l'élite. On peut en faire une lecture politique, comme tu la fait. Mais je ne crois pas que cela fera diminuer le nombre d'étudiants sortant de TS qui iront à Sciences Po, au contraire. Plus qu'un recul démocratique sur la conscience enseignée à nos futurs élites, cette réforme me semble surtout refléter une dramatique élitisation de notre société et de son enseignement.

JM Salaun

Bonjour,

Je suis aussi d'accord, comme Hubert, avec la relation entre l'histoire et la science. Je ne connais pas vraiment la réforme en question et serait là aussi enclin à suivre Hubert sur son interprétation de sélection des élites. Mais je voulais réagir sur le raisonnement général, quitte à choquer encore une fois Hervé et bien des camarades.

L'appel au «capital cognitif», tout comme à l'idéal des Lumières, ou encore la dénonciation de «l'utilitarisme» qui deviennnent des leitmotivs d'analyses nostalgiques souvent superficielles parce que trop globalisantes, me paraîssent une tentative pour relire la situation actuelle avec des lunettes qui ne lui correspondent plus, sous couvert d'un raisonnement faussement moderne pour le «capital cognitif», et une façon souvent complaisante pour des universitaires de défendre leur reproduction sous couvert d'un enseignement en décalage la société.

Inversement, pour le vivre de près, je ne crois pas du tout que le «travail scientifique en miettes», qui correspond à une dérive réelle de l'organisation de l'évaluation de la recherche et de l'économie des universités, débouche sur une meilleure efficacité, encore moins sur une réelle maîtrise par les décideurs des résultats de la recherche. C'est bien tout le contraire qui se passe.

De tous temps, il y a eu une relation étroite entre le développement économique et social et la science, et tout particulièrement au moment des Lumières. C'est faire une curieuse relecture de l'Histoire que de prétendre le contraire.

En disant cela, je ne veux pas soumettre la recherche au Grand Capital, encore moins rejeter les idéaux des Lumières, ni non plus ne pas dénoncer bien des dérives réelles pointées dans le papier de Hervé. Mais je crois que basculer trop rapidement dans une explication globale nous amène dans une impasse en radicalisant les positions en deux camps non-homogènes où l'on trouvera de chaque côté des crispations réactionnaires et des tentatives de protections de positions établies mélangées avec des volontés de réformes plus lucides. Ce qu'il faut au contraire, c'est dépasser ces vieilles lunes, réunir les imaginations pour inventer des voies originales pour la recherche du 3è millénaire.

JM Salaun

Bonjour,

Je suis aussi d'accord, comme Hubert, avec la relation entre l'histoire et la science. Je ne connais pas vraiment la réforme en question et serait là aussi enclin à suivre Hubert sur son interprétation de sélection des élites. Mais je voulais réagir sur le raisonnement général, quitte à choquer encore une fois Hervé et bien des camarades.

L'appel au «capital cognitif», tout comme à l'idéal des Lumières, ou encore la dénonciation de «l'utilitarisme» qui deviennnent des leitmotivs d'analyses nostalgiques souvent superficielles parce que trop globalisantes, me paraîssent une tentative pour relire la situation actuelle avec des lunettes qui ne lui correspondent plus, sous couvert d'un raisonnement faussement moderne pour le «capital cognitif», et une façon souvent complaisante pour des universitaires de défendre leur reproduction sous couvert d'un enseignement en décalage la société.

Inversement, pour le vivre de près, je ne crois pas du tout que le «travail scientifique en miettes», qui correspond à une dérive réelle de l'organisation de l'évaluation de la recherche et de l'économie des universités, débouche sur une meilleure efficacité, encore moins sur une réelle maîtrise par les décideurs des résultats de la recherche. C'est bien tout le contraire qui se passe.

De tous temps, il y a eu une relation étroite entre le développement économique et social et la science, et tout particulièrement au moment des Lumières. C'est faire une curieuse relecture de l'Histoire que de prétendre le contraire.

En disant cela, je ne veux pas soumettre la recherche au Grand Capital, encore moins rejeter les idéaux des Lumières, ni non plus ne pas dénoncer bien des dérives réelles pointées dans le papier de Hervé. Mais je crois que basculer trop rapidement dans une explication globale nous amène dans une impasse en radicalisant les positions en deux camps non-homogènes où l'on trouvera de chaque côté des crispations réactionnaires et des tentatives de protections de positions établies mélangées avec des volontés de réformes plus lucides. Ce qu'il faut au contraire, c'est dépasser ces vieilles lunes, réunir les imaginations pour inventer des voies originales pour la recherche du 3è millénaire.

Hubert Guillaud

Le bac des élites : http://www.lemonde.fr/opinions/article/2009/12/16/le-bac-des-elites-par-sandrine-blanchard_1281371_3232.html

Hervé Le Crosnier

@jean-michel,

Loin de moi l'idée de considérer des "camps homogènes". Particulièrement dans cette question de l'histoire en TS, qui mobilise une vision des "humanités" qui renvoie à une logique de reproduction (au sens bourdieusien).

Mon objectif, en saisissant le débat, était d'inverser le regard. De pointer sur l'évolution de la production des sciences (dures, ou plutôt "de la nature"). La taylorisation de la production scientifique doit pouvoir s'analyser avec des lunettes qui ont déjà servi pour comprendre les effets sur la conscience et les comportements de la taylorisation de l'activité industrielle.

Par "capitalisme cognitif", il faut comprendre l'ensemble du phénomène de réorientation de la plus-value sur les activités incorporant de plus en plus les connaissances dans les produits et les services (par exemple les semenciers et les obtenteurs sont des membres du capitalisme cognitif, même s'ils s'inscrivent aussi dans la chaîne de travail de l'agriculture). Le capitalisme cognitif ne se limite pas aux activités qui n'ont à voir qu'avec l'immatériel.

Sur la comparaison entre la chaîne (industrielle) et la segmentation (des recherches), il s'agit de pointer la ré-organisation des structures de contrôle de la production (d'objets ou de savoirs). Il y a un contrôle par l'aval (marchés, succès des produits ou des idées, et finalement rôle de la "'direction" des entreprises), mais aussi un contrôle par la "maîtrise", ce corps intermédiaire qui joue une place dictée par le processus de production en croyant qu'il est autonome et acteur de la "culture d'entreprise" qui fait produire au mieux la chaîne (de produits, ou de connaissances). La crise de France Telecom est un exemple du rôle (tragique) de ce corps intermédaire dans le nouveau management du capitalisme de l'innovation.

Quels rôles sont joués de même dans l'Université ? Comment le passage à une recherche sur appel d'offre (avec son cortège d'évaluateurs, de comptes-rendus plus financiers que scientifiques, de "valorisation") influe-t-il sur ces "décideurs intermédiaires"... et peuvent être lourds de conséquences sur les exécutants (cf. la précarité des chercheurs jusqu'à plus de trente ans, l'incertitude sur les projets de long terme,...).

Certes, s'engager dans une réflexion globalisante est dangereux car on perd des nuances. Mais c'est aussi utile, car cela offre des balises, des "points cardinaux",quite ensuite à préciser les détails au fur et à mesure que l'horizon se rapproche. Jean-Michel, je crois que nous avons ce débat depuis longtemps, n'est-ce pas ?

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Entièrement d'accord sur le fond de l'analyse...
merci bcp

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